06 Février 2017 – NANCY – JEU Sudoku : l’art de jouer à l’aveugle

06 février 2017

NANCY – JEU Sudoku : l’art de jouer à l’aveugle

Hier avait lieu la toute première « sudokade » qui a permis à voyants et non-voyants de s’affronter autour d’un plateau de jeu de sudoku adapté. L’ingénieuse invention lorraine a réuni plus de 100 concurrents.

Ça lui manque terriblement, à Juliette. Et à René aussi, par la même occasion. Depuis que la vue fait défaut à cette habitante de Strasbourg, le couple Holzinger a dû renoncer à ce plaisir simple de longues parties de scrabble les soirs d’été. « Même en braille, c’est compliqué, il y a trop de choses à décrypter sur le plateau, sur les jetons. Et je suis si longue à jouer que… » «… que je pourrais bien lire un roman simultanément », complète René en souriant.

Le couple Alsacien n’a donc pas hésité à répondre à l’invitation lancée par l’association nancéienne « Toucher Voir et Jouer » : la 1ère sudokade opposant voyants et non-voyants autour d’un même carton.

Un carton de sudoku, donc, aussi simple d’accès qu’il est ingénieux de conception. Quatre fois quatre cases en creux, à combler de jetons magnétiques portant des chiffres, identifiés en petits picots en relief. Et non en braille. De sorte que quiconque, voyant ou non, l’effleure du bout des doigts, peut en saisir la mention. C’est la preuve qu’a pu apporter, hier sous les ors de l’hôtel de ville, le concepteur de ce jeu innovant, Christian Thirion.

L’épreuve du bandeau

  « J’avais peur de ne pas attirer une quarantaine de personnes », confie l’intéressé. « En fait de quoi ils sont plus de cent. De toute la grande région. » Dont beaucoup de non ou malvoyants, mais aussi des voyants, qui consentaient à mettre un bandeau pour que tout le monde joue sur un pied d’égalité. « C’est d’ailleurs la philosophie de notre démarche : montrer qu’on peut continuer de jouer ensemble malgré le handicap. »

L’argumentaire a si bien convaincu le rotary club Emile-Gallé qu’il s’est chargé de l’organisation et de trouver les 3.750€ de fonds nécessaires auprès de la société Johnson, ne serait-ce que pour financer les 60 jeux requis pour la compétition. Lesquels jeux ont ensuite été offerts à tous les participants non-voyants.

Mme Del Maschio s’en réjouit, elle qui, faute de voir, appréhende le jour où l’un de ses petits-enfants réclamera de jouer avec mamie. Cas typique où le sudoku peut faire office de lien ludique entre deux mondes.

À ce propos, le monde de l’excellence était lui aussi de la partie, incarné en la personne de Frédéric Prévot, champion de sudoku. Curieux de cette habile adaptation faite à son jeu préféré, il s’est lui aussi soumis à l’épreuve du bandeau. « Et là, je prends vraiment la mesure du handicap de la cécité. Le sudoku normal requiert d’appréhender d’un coup d’œil la grille dans sa globalité. Ce qui est impossible avec les mains. Mettre un bandeau sollicite donc beaucoup plus la mémoire et me remet au même niveau que les autres. »

Lysiane GANOUSSE L’Est Républicain du 06/02/2017

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